5 erreurs de traduction lourdes de conséquences

Lorsqu’il s’agit d’affaires de grande importance, où le sens des mots est très précis, les erreurs de traduction peuvent avoir des conséquences dramatiques. Savoir comment retranscrire et faire comprendre au traducteur le sens du texte originel devient alors critique. Voici quelques-unes des erreurs de traduction les plus marquantes qui vous permettront de le comprendre ;

Les erreurs de traduction historiques

Le français, langue impérieuse malgré elle (1830)

Dans les années 1830, Paris et Washington montèrent le ton dans une discussion à propos d’une indemnité à cause d’un faux-ami de notre belle langue. Dans un message envoyé par le gouvernement français à la Maison-Blanche, le texte commençait par « Le gouvernement français demande… », ce qui fut traduit par « The French Government demands… ». Passablement agacé, le président américain de l’époque répondit fermement que si le gouvernement français osait « demand » (« exiger/réclamer » en anglais) quoi que ce soit des États-Unis, il n’obtiendrait rien du tout. L’erreur d’interprétation fut rapidement corrigée, et la tension redescendit peu après.

La polysémie dangereuse du « Mokusatsu » (1945)

Nuage atomique de la Bombe atomique Hiroshima

Voici une erreur particulièrement lourde de conséquences, si l’on en croit ce qu’écrit William Craig dans son livre « The Fall of Japan ». Nous sommes en juillet 1945, en pleine Conférence de Potsdam, à l’issue de laquelle les Alliés posèrent un ultimatum au gouvernement japonais en exigeant la capitulation inconditionnelle du Japon. En réponse à cela, les journalistes de Tokyo exhortèrent le Premier ministre japonais Kantaro Suzuki à leur communiquer une réaction ; il répondit que le gouvernement japonais « s’abstenait de tout commentaire pour le moment »  en utilisant le terme Mokusatsu (黙殺). Un mot dont la polysémie est particulièrement riche, et qui finit par être traduit par la presse japonaise par « traiter avec un mépris silencieux »/ »ne pas tenir compte de » (ignorer) l’ultimatum de reddition des États-Unis. Les propos du Premier ministre furent ainsi finalement reçus par les Américains comme « un refus catégorique » de se rendre. Une dizaine de jours plus tard, la ville d’Hiroshima était ravagée par la tristement célèbre bombe atomique américaine.

Les mésaventures du président Carter en Pologne (1977)

Portrait du 39e président américain Jimmy Carter

Nous sommes fin 1977, le (39e) président américain Jimmy Carter visite la Pologne. Ce pays alors communiste est, à l’époque (très) en froid avec la Russie et fermement contre le rideau de fer qui sévit alors depuis plus de 60 ans. Il s’agit alors d’une visite diplomatique faite rapidement avant le retour du président aux États-Unis.
Pour traduire son discours, un traducteur indépendant du nom de Steven Seymour est recruté. S’en suivent alors de joyeuses interprétations des mots du président ;
Là où Seymour traduit (avec des mots russes) que Carter veut « connaître charnellement » le peuple polonais, et qu’il « ne prévoyait plus de revenir un jour aux États-Unis », le président souhaitait simplement exprimer sa curiosité quant aux « souhaits pour l’avenir » (desires for the future) des Polonais, et expliquer qu’il devait rentrer bientôt.
Ce traducteur fut naturellement congédié.

Plus tard dans cette même visite, le président Carter portait un toast dans un dîner officiel — en ayant pris soin d’engager un nouvel interprète (Jerzy Krycki). Ce dernier, ne voulant pas reproduire les frasques de son confrère, se garda bien de… traduire quoi que ce soit. Le président marqua un temps d’arrêt après chacune de ses phrases et l’interprète resta aussi muet qu’une carpe (ne comprenant pas l’anglais de Carter !).

Des erreurs de traduction aux résultats surprenants

Les canaux de mars (1877)

L’astronome italien Giovanni Virginio Schiaparelli n’en avait alors aucune idée, mais c’est en commençant à cartographier Mars en 1877 qu’il planta les premières graines de toute une œuvre de science-fiction. Dans son travail cartographique, il distingua les zones sombres et claires de la planète rouge en utilisant les termes de « mers » et « continents », et en traçant ce qu’il pensait être des « canaux » avec le mot italien « canali« . Cette interprétation un brin fantaisiste fut reprise par ses pairs, et l’usage du mot « canali » donna même naissance à une théorie selon laquelle ils auraient été créés par des formes de vie martiennes intelligentes.

Carte des canaux de Mars de Schiaparelli

Cette théorie fut elle même prise très au sérieux par l’astronome américain Percival Lowell qui cartographia entre 1894 et 1895 des centaines de ces « canaux » sur Mars. Il publia trois livres sur le sujet, qui illustraient ce qu’il pensait être d’imposantes structures artificielles pour transporter l’eau sur la planète rouge et qui devaient, selon lui, leur existence à une brillante race extraterrestre d’ingénieurs hors pair. Les travaux de Lowell inspirèrent profondément l’écrivain H.G. Wells, à qui l’on doit le célèbre roman « La Guerre des Mondes », qui parut pour la première fois en 1897.

Nuances de sens médical (1980)

Nous sommes en Floride, le 22 janvier 1980, lorsqu’un jeune cubain de 18 ans est hospitalisé en urgence dans un état comateux. Son nom est Willie Ramirez, et sa famille pense d’abord à une intoxication alimentaire, mais, ne parlant pas un mot d’anglais, fait appel à un des médecins qui se trouvait avoir quelques notions d’espagnol pour traduire. Ils lui disent qu’ils pensent à une intoxication en utilisant le terme « intoxicado » (qui veut dire « intoxiqué »). Mais ce mot dévie de sens par rapport à l’anglais « intoxicated » (que l’on utilise pour parler d’ivresse, ou de l’emprise des drogues) — qui est le terme utilisé par l’interprète de fortune.
Les moyens techniques de l’hôpital étant alors limités pour de plus amples examens, et les symptômes corroborant les dires de la famille, les médecins suivirent cette piste. Malheureusement, le patient était en réalité en pleine hémorragie cérébrale. Il devint tétraplégique en raison de l’absence de traitement. Plus tard, l’hôpital dédommagea M. Ramirez pour cette lourde erreur médicale et de traduction, en lui versant la somme de 71 millions de dollars.

Toutes ces erreurs de traduction ont chacune à leur façon marqué l’histoire. Elles sont autant de témoignages édifiants de l’importance de bien choisir son professionnel de la traduction, et de comprendre comment travailler avec lui. C’est précisément ce que nous vous proposons sur ce blogue, et sur notre plateforme de mise en relation.

6 Responses to “5 erreurs de traduction lourdes de conséquences

  • Votre document comporte plusieurs erreurs :
    1) race alien (alienne); 2) hors-pair (pas de trait d’union); 3) Mr. Ramirez (M.); 4) polonais (Polonais); 5) Maison Blanche (Maison-Blanche); 6) ; Il (il); 7) Suite à (À la suite de); 8) blog (blogue); 9) japon (Japon)…

    Bref, l’erreur est humaine!

    • Rémi Appell
      2 années ago

      Bonjour Mme Roy, bienvenue sur ce blog et merci pour votre retour. J’ai apporté des modifications à l’article en me servant de vos remarques pour apprendre ces subtilités que je ne connaissais pas. 🙂

  • Matejka Edith
    2 années ago

    Si les traducteurs peuvent certes faire des erreurs, les journalistes aussi. En 1977 le rideau de fer évoqué n’existait pas depuis 60 ans! Heureusement pour nous il n’a jamais atteint cet âge. Quant à la ville de Postdam, je veux bien accepter l’excuse qu’il s’agit d’une coquille.

    • Rémi Appell
      2 années ago

      Vous avez raison, tout le monde se trompe ! Et c’est tant mieux, non ?
      Je me suis basé sur l’origine de l’expression « rideau de fer », qui vient de l’auteur Russe Vassili Vassilievitch Rozanov dans son ouvrage « L’Apocalypse de notre temps », publié en 1918 ;
      Il y écrit : « Un rideau métallique tombe sur l’Histoire russe en grinçant, en crissant, en grondant. La représentation est terminée. Le public se lève. Il est temps d’enfiler sa pelisse et de rentrer à la maison. On se retourne. Plus de pelisses, ni de maisons. »
      Et c’est ce passage du philosophe russe qui inspira Churchill pour son discours de Fulton, en 1946 (la référence évoquée dans les manuels d’histoire).
      Mais peut-être ai-je eu tort de prendre ce point de départ ? N’hésitez pas à m’éclairer si vous êtes mieux documentée 😉

  • @Nancy Roy
    Au fait, dit-on enculeuse de mouches ou enculeresse de mouches ?

  • Le vieux Gustave
    1 année ago

    Je m’étonne que les sites de traduction n’aient pas, à ma connaissance, insisté sur cette traduction automatique qui, au début de cette année, a rendu nul le prêt du joueur équatorien Bryan Cabezas (jouant actuellement pour le club italien Atalanta) au club argentin Independiente. Les Argentins avaient, à ce que j’ai lu, négocié ce prêt à un million de dollars ; or, pour économiser quelques sous ils ont préféré faire traduire automatiquement le contrat en anglais (la langue officielle du football, semble-t-il) et la machine a dépassé les instructions et traduit jusqu’au nom du joueur, devenu « Bryan Heads » au lieu de « Bryan Cabezas », ce qui a entraîné la nullité du contrat et sans doute des dommages et intérêts importants. Dans la presse francophone du 27 janvier 2018 on disait qu’il restait quelques jours pour rectifier le contrat, mais j’ai lu dans la presse espagnole du 29 janvier : « El ecuatoriano deberá quedarse en el Atalanta, su actual club ». Et voilà comment une petite ladrerie a provoqué une grosse perte d’argent.

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